Lorsqu’on raconte une histoire un peu étrange à quelqu’un, et qu’on entame par « J’ai fait un rêve« , forcément, la suite permet toutes les fantaisies, comme nager sur le dancefloor avec une nageoire dorsale de requin à la place du nez, aller bosser nue à la Maison Blanche et déjeuner avec JFK déjà mort, se retrouver soudainement immensément riche et être entourée de ses pires ennemis ou encore, le classique « J’étais poursuivie par Dracula, je courais mais sur place, je criais, mais rien ne sortait »
Tout le monde rigole un bon coup et redescend sur terre, retourne au boulot ou au ménage et on n’en parle plus.
Les rêves, ou les cauchemars, ils ont l’avantage d’être aussi éphémères qu’une bulle de savon en pleine tempête.
Sauf quand ils sont récurrents.
Et d’ailleurs, la récurrence ne concerne curieusement que les cauchemars.
Sinon, ce ne serait pas vraiment drôle, de rêver en bleu régulièrement.
Je suis donc alitée.
Il fait nuit.
Les volets sont fermés.
J’entends la respiration lente et régulière des enfants.
Je sens la chaleur rassurante du corps du Conjugué quiché dans le mien.
Pourtant, je suis effrayée.
Car je suis traquée, poursuivie, en danger, sur la brèche.
« ON » veut me tuer.
« ON » m’a forcée à me retrancher dans mon lit.
« ON » va me tuer.
Pourtant, tout autour de moi, c’est le calme et l’harmonie qui règnent.
Personne ne semble inquiet pour moi.
Personne ne semble avoir entendu ni vu ce qu’ »ON » s’apprête à me faire.
Même les chattes, au fond du lit, ne cillent pas.
Même les volets ne craquent pas.
Même le sèche-linge ne tourne pas.
Même le frigo ne se déclenche pas.
Alors je me décide à agir.
Je secoue le Conjugué comme un prunier.
Mais il ne bronche pas. Il ne se retourne même pas.
« AIDE-MOI AIDE-MOI ‘ON’ VA ME TUER!!!!!!!! REVEILLE-MOI!!!!! »
Oui, je lui demande de me réveiller.
Parce que dans ce rêve, je rêve que je dors, et dans cette logique à l’envers, il faut que je me réveille pour en sortir.
Comme le Conjugué doit probablement être sur le point de conclure avec Jennifer Aniston entièrement nue, comme quoi, dans le même lit, finalement, entre rêve et cauchemars je me demande où se situe la frontière, je me résous à tenter de ME réveiller.
Et c’est la phase la plus terrible du songe.
Je tente d’ouvrir les yeux, mais ils sont lourds comme une dalle de béton armé.
Je tente de me lever du lit d’un bond, afin de me réveiller en sursaut, mais au dernier moment, je suis plaquée contre le matelas.
Alors j’essaie de ME faire peur pour ME réveiller.
Facile, il me suffit de me remémorer mon rêve.
La terreur prend le dessus, et avec elle ma conscience et je me réveille enfin.
Sauf que la plupart du temps, on est en pleine nuit et que j’ai très sommeil et qu’une envie… Me rendormir.


