« Bon maintenant, ça SUFFIT!
-Poil au zizi.«
« Si tu continues, y en aura plus!
-Poil au cul.«
« Faut donner à manger à la chatte.
-Poil aux pattes. »
« Prends ton panier.
-Poil aux pieds.«
« Tu veux toujours avoir le dernier mot!
-Poil au dos.«
Enfant, c’était le jeu que je préférais.
Il m’a même suivi au collège, et avec les copains, au fond de la classe, en fin d’après-midi, quand tout le monde, y compris les professeurs sont aussi tendus et vifs qu’un rein dans du formol, on se tenait les côtes de ponctuer chaque phrase de cours par un « poilo »
Ce soir, à table, profitant de l’absence du Benjamin descendu pique-niquer dans le salon du voisin, on était quasiment entre adultes.
Alors la conversation a été moins chaste et civilisée que d’habitude.
Il faut admettre qu’à presque 19 et 16 ans, les deux paires d’oreilles des deux premiers tiers de mon trio ne sont plus vraiment chastes.
Alors on a levé quelques verrous.
Et pour faire rire l’assemblée, j’ai interpellé le Conjugué.
« Dis-donc, t’as des poils de chatte sur le menton. », ce qui était tout a fait vrai, il venait de câliner très fort son félin angora favori.
Les deux ados se sont alors mis à cacaber comme des pintadeaux et ont aussitôt enchaîné.
« Ah tiens, ça me fait penser qu’en ce moment, en cours, on délire avec un petit jeu. On finit chaque phrase du voisin ou du prof par « Avec mon sexe. »
Le Préparant, toujours prêt à moraliser son petit frère, ou à lui montrer que lui aussi a eu presque 16 ans, et a donc été très jeune et très con, lui assène son regard paternaliste et lève les yeux aux ciel.
« Pfff, n’importe quoi, franchement, vous devez profondément vous faire chier dans vos vies pour en arriver là.
-Oh ça va, on rigole, c’est pas méchant, mais sérieux, quand tu commences, tu t’arrêtes pas. Essaye tu vas voir.
-Mais lâche-moi avec tes trucs débiles d’ado attardé! »
Alors en bons parents dévoués que nous tentons de toujours être, nous avons joué les cobayes. Uniquement dans le but de donner l’impulsion, s’entend.
« Chéri, ce soir, c’est moi qui passe le balai.
-Avec mon sexe.
-D’accord, comme ça, je peux manger mon yaourt tranquille.
-Avec mon sexe. »
Il n’a pas fallu plus d’exemples pour que l’aîné, toujours prêt à s’offusquer de la transgression manifeste de la bienséance, se levât, fit racler sa chaise contre le pavé, soupirât et sifflât:
« Puisque c’est comme ça, je vous laisse débarrasser, je vais jouer. »
Forcément, nous n’avons pas résisté.







