C’est vrai, ça fait rigoler tout le monde, surtout nos frontaliers, qui eux, ne se priveront certainement pas de nous narguer en communiquant nos propres tendances avant 20 heures demain, en ce jour du 1er tour de l’élection présidentielle, heure jusqu’à laquelle on nous a vivement recommandé de claquer nos cyber-beignets.
En dehors du fait que je ne comprendrai jamais ce besoin de tout dire avant les autres, d’être le premier, quitte à bafouer la loi, risquer 75 000 euros d’amende, j’ai tout de même un peu mal au fondement de me dire qu’on craint à ce point d’être battu que d’interdire un malheureux compte twitter ou papier diffusant ce qui n’est qu’une tendance, une poignée d’opinions à chaud, un fond de poche d’urnes dépouillées.
Bien sûr, les petits malins, toujours en embuscade sur la Toile, ont tôt fait de monter un stratagème, une contre-attaque, comme user de toutes les métaphores que la langue française met à leur disposition pour à la fois buzzer et faire un joli pied-de-nez à cette privation de liberté d’expression qui nous reste encore à portée de clics.
Ainsi pourra-t-on rire en lolant, d’un « Le flan est au four », ou encore « La tomate est mûre », quand ce sera plus parlant, « Hollande-Hongrie ».
Tout ceci fait bien marrer, fantasmer et encore une fois, tourner une règlementation montée en catastrophe en ridicule, qu’il sera bien difficile de faire respecter.
Mais imaginons qu’elle soit appliquée.
Oui, imaginons une fraction de seconde un twittos pris sur le fait, un internaute en flagrant délit de pourcentages, un journaliste décomptant les bulletins.
Allons plus loin.
Si l’écart entre deux candidats est si étroit qu’une enveloppe ne puisse plus s’y glisser, assorti à un malheureux hors-la-loi.
Encore plus loin, si un candidat profite d’une petite fraude et demande l’invalidation du scrutin?
Alors à qui en voudrons-nous de devoir tout reprendre à zéro?
Au candidat se sentant bafoué?
Au twittos, internaute, journaliste?
A celui qui a pondu cette loi ridicule mais néanmoins réelle?
A nous tous, finalement, d’être si friand d’info chaude que nous avons engendré nous-mêmes la bête qui risque de fauter?







