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Ma première rentrée

La semaine dernière, à la même heure, je me demandais comment j’allais me sortir de cette semaine.

La valise était vide et son néant m’aspirait dans un trou noir d’angoisses.

Comment ils s’habillent?

Il faut un cahier?

C’est quel chemin?

Est-ce qu’ils aiment bien les nouveaux?

C’est bon ce qu’ils mangent?

Et les devoirs du soir?

J’ai très peu dormi.

J’ai bien sûr cauchemardé, le fameux rêve effrayant dans lequel on arrive à l’école sans cartable, sans culotte ou le lendemain de la rentrée.

J’ai soudain eu très peur.

Je ne m’y attendais pas.

C’est pas ma première rentrée.

Alors mardi matin, très tôt, tout le monde était prêt, à son poste.

L’élève aide-soignant se brossait les dents.

L’Interné dormait comme quand il avait encore la sécurité de sa couche.

Le Benjamin lui emboîtait bruyamment le pas, en claironnant des naseaux.

Quant au Conjugué, il en menait largement plus large que moi. Il sirotait son premier café de la journée et s’apprêtait à m’accompagner.

Pour la première fois de ma vie, je suis partie à l’étranger.

Pas en vacances.

Seule.

La semaine de la rentrée.

Vendredi soir, quand je me suis fait cueillir à nouveau par mon amoureux à la gare, encore toute espagnole, la question routinière, banale qu’on se pose lui et moi, je n’ai pas osé la prononcer.

Juste un bisou, si j’ai mangé, qu’un bain m’attend et que la chatte a encore bousé sur le paillasson.

Quand je suis rentrée, on m’a demandé si j’avais bien travaillé, si tout s’était bien passé et si les Ibères sont bonnes.

J’ai regardé autour de moi.

La maison était rangée mais elle vivait.

Dans les chambres, le bordel d’ado.

Dans la salle de bains, quelques poils de menton sur le lavabo.

Dans les chiottes, quelques traces de frein, mais pas d’excès de feignasserie.

Dans le salon, la table mise et les baskets contre le canapé.

Dans l’entrée, les sacs jetés contre le mur.

Dans la cuisine, les stigmates de spaghetti party, d’omelette et de grillades entre garçons.

Dans le cellier, une tasse de café.

Ils m’avaient manqué.

Mais ils s’étaient démerdés sans moi.

La semaine de la rentrée.

La première sans moi.

L’Elève Aide-Soignant a tout géré tout seul.

L’Interné a fait son sac et sa valise.

Le Benjamin a rallumé son ordinateur et réinvesti la table de la salle à manger.

Le Conjugué à fait son Oui-Oui pour accompagner les uns, récupérer les autres.

Voilà, c’est arrivé, c’est derrière.

Et déjà je suis prise de nostalgie.

Pas de liste de fournitures à raturer.

Pas de livres à couvrir.

Pas de paperasse à remplir.

Pas de fringues à préparer.

Pas de devoirs à surveiller de trop près en touillant la soupe.

Pas d’ultimes répétitives sommations pour aller à la douche.

Pas de menaces orageuses pour aller au lit tôt le soir.

J’ai longtemps soupiré chaque fin août, rêvant du jour où je serai enfin libérée de ce stress de la rentrée, de ces courses contre le temps, ces tracasseries, ces larmes, ces cris, ces disputes.

Et maintenant que j’y suis, que nous y sommes, je me demande comment je vais faire, pour trouver un substitut à la hauteur de cette drogue.

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  comments 

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  1. Cathy (273 comments)

    Plutôt crever que de te l’avouer mais je pense qu’ils en ont quand même un peu chié sans toi ;-)

    Tu nous a manqué !!!
    C’était bien ta rentrée à toi ? nan je dis ça parce que l’ibère effraie (on applaudit !)

  2. MHF (122 comments)

    Et c’était quoi ta rentrée à toi loin de tout ?

  3. tarmine (116 comments)

    ha ben voila! tu sers plus à rien! et tout sera gratuit, les bisous, les coucous et les regards de tendresse, même plus interressés! juste gratuits :)