Avant de vous mettre une chanson dans la pigne pour jusqu’à la fin de vos jours, laissez-moi vous conter combien il m’est ardu de lâcher prise en vacances.
On débattait, l’autre jour, avec une des deux Ibères, de savoir comment on gérait nos vacances. L’une titillait l’autre sur le fait qu’elle aurait été une formidable gérante d’entreprise de transports routiers, distribuant des feuilles de route rigoureusement minutées à ses chauffeurs, avec le regard qui démonte un mur en béton armé qu’avait pourtant rien dit, l’autre qui admet volontiers qu’un minimum de cadre est nécessaire pour de belles vacances réussies.
« En gros, tu donnes un horaire approximatif de départ, une heure à visto de nas d’arrivée, et entre les deux, tu laisses le temps, les rires, les larmes et le vent faire. »
Juste entre les guillemets, c’est moi.
Juste avant hier soir.
Nous étions convenus d’aller visiter la rivière souterraine de San José, dans la Vall d’Uxio.
Il s’agissait de décoller à 11 heures tapantes.
Ainsi donc, la veille au soir, après quelques cafés dont l’Espagne n’a pas encore le secret de la douceur mais celui de la robustesse, me voilà finalement couchée, bien décidée à réveiller en chantant, parce que ne l’oublions pas, c’est les vacances, le quartet à queues dès 10 heures le lendemain.
En deux mots fléchés bien torchés, je laisse les gars au salon vaquer à leur cure de séries télés.
Et je m’endors en bavant comme d’habitude, bercée par les génériques lointains, le chien qui aboie, le voisin du dessus qui tire la chasse et mes rêves estivaux au bord du cortex, prêts à me faire passer une nouvelle nuit fabuleuse.
Au 4ème « Tatatan-tatannn-tannnn » de Hawaï 5.0, je décolle mes fesses du lit, je me mange la porte, sors dans le couloir et l’arpente jusqu’à sa moitié, armée de mes talons en titane.
Et j’entends le fameux « Et allez… », du Conjugué qui m’avait reconnue, et qui savait qu’à mon doux déplacement pédestre, ça allait chier dans le ventilo.
Je pense faire demi-tour, mon effet de surprise fracassant se voyant pour le coup nettement foiré.
Mais il s’agit de ne pas perdre toute contenance devant les enfants, donc j’accélère la cadence et déboule dans le salon, les yeux en capote de fiacre, la culotte en biais et le tee-shirt à l’envers.
« Sérieux les gars, BLAHBLAHBLAH BORDEL de série à la con à fond encore LONGTEMPS??
-On vient de baisser là.
-MAIWAI MAIS PRENEZ-MOI POUR UNE CONNE AUSSI BLAHBLAHBLAH POUR INFO JE VOUS RAPPELLE QUE DEMAIN, C’EST DEBOUT à 10 HEURES ET VOUS VOUS DEMERDEREZ JE VOUS REVEILLE PAS.
-… »
Sur ce, j’avise la porte du salon sur ma droite et je me dis que tout de même, ils sont assez grands pour se lever la tête dans le fondement à l’heure le lendemain et que perso, j’ai super sommeil et des rêves tout aussi tordus qu’érotiques qui attendent ma station couchée. Ainsi, je me saisis de sa poignée et, souhaitant tout de même faire une sortie plus théâtrale que mon entrée, la tire violemment vers moi afin de la claquer comme il se doit. Merde, une mère autoritaire, ça se mérite comme titre.
Sauf que la porte, elle a décidé que c’est vraiment les vacances et qu’il faut que je me détende le bikini. Alors la porte, en fait, elle est bloquée par un minuscule taquet qui, à 3 heures du matin et dans mon état de colère doublée d’une humiliation cuisante, ne souhaite pas se laisser débloquer.
Je reste donc la poignée dans la main, le bras tendu, mes yeux qui voudraient mourir, ma culotte définitivement démissionnaire et le tee-shirt complètement impuissant, devant une brochette de mâles partagés entre l’envie d’exploser de rire et la peur de m’entendre dire « ET VOUS MARREZ PAS SINON JE CASSE TOUT. ET JE SUIS SERIEUSE. »
Ce matin, bien entendu, je me suis levée fraîche comme une bouteille d’eau plate à 2 euros, souriante comme la serveuse de Télépizza, et aimante comme une jeune fille qui va danser à l’Arenal Sound.
Ils me connaissent, je les connais, et surtout, je me connais. Je ne sais pas lâcher prise, même en vacances, le pays où en principe, j’oublie tout.













Cela me rappelle Maritza, qui voulant faire une sortie fracassante de la chambre de son mari (en maison de retraite), s’est pris la porte de sécurité dans la tronche…
HI HI HI !
AHAHAHA
Et attends, hier soir, en passant l’aspirateur, j’ai découvert comment débloquer cette saloperie de mierda de taquet