Ce matin, dès l’aube, à l’heure où crame déjà la campagne, l’Interné et moi naviguions déjà sur la départementale, armés du dossier d’inscription en classe de 1ère.

Je n’ai pas pu y échapper ce coup-ci et j’appréhendais déjà la file d’attente longue comme un France-Suède, au sein de laquelle un troupeau d’ados hyper hormonés, bruyants comme un troupeau d’ados hyper hormonés, mais bien plus polis et respectueux que certaines de leurs mères qui avaient trouvé riche de refouler l’ail de la veille allaient me barrer la route vers un retour avant la fin de la nuit prochaine.

Et finalement, en quelques minutes, et une blague de jeune mère d’ado passant en 1ère L, donc respectable, j’ai fendu la foule et la file pour me retrouver assise face à une préposée aux inscriptions déjà épuisée, mais très sympathique, avec le sourire en bonus.

Après les formalités d’usage, elle s’est attaquée au déchiffrage de mon écriture torturée et pressée de la veille.

On a ri un moment sur le fait que le terme « Avenue » sur mon adresse postale désigne en fait un chemin de service tout pourri et aussi étroit que l’écart entre les seins de Samantha Fox, et également sur celui que suite à un saut de ligne, mon médecin traitant a reçu tous les bulletins scolaire de mon fils cette année scolaire écoulée.

Puis, elle m’a demandée ce que ma mère avait exercé comme profession avant d’être à la retraite.

« Elle a passé le plus clair de son temps à nous élever, mes soeurs et moi, probablement le métier le plus noble qu’il fut donné à une femme fertile. »

L’Interné, tout à la cause féminine en ce moment, a cru bon d’ajouter « Et vous devriez recevoir un vrai salaire, comme un emploi normal pour ça.Parce que mère au foyer, c’est un vrai métier! »

Ce à quoi j’ai répondu ce que je réponds souvent:

« Oui, pas faux, mais en même temps, on a pas de fiche de paye et on a pas de patron. »

Là, mon interlocutrice  s’est fendue d’un rire franc.

« Ah si, les patrons, aujourd’hui, c’est les enfants, c’est eux qui commandent »

C’est pas faux.