Dieu et tout ça, on en a déjà parlé, c’est pas que j’y crois pas, j’admets qu’on doit vivre avec l’idée qu’on nous regarde, et qu’on doit rendre des comptes, juste histoire de se dire que c’est bien, parfois, que tout ne s’explique pas mathématiquement.

Mais c’est juste que je compte pas dessus.

Et mieux, c’est pas mon truc que de dire « MON DIEU » à tout bout de champ.

Après, bien entendu, je respecte celles et ceux qui ont la foi. C’est leur affaire.

Pourtant, je dois bien admettre qu’une fois, j’ai bien cru que j’allais y croire pour la vie.

Cette fois, c’est le jour de mon mariage.

J’avais obtenu le droit de me marier à l’église même sans avoir été baptisée.

Une bénédiction nuptiale que ça s’appelle.

J’avais dit « Benco m’ssieu l’abbé, tout le monde sera tout content. »

Tout le monde, y compris l’embryonnaire Préparant.

Tout le monde, y compris la partie de la famille qui se signe tous les jours.

Tout le monde, y compris les gens du village, qui voyaient d’un oeil peu convaincu cette union avec un étranger pas d’ici avec la petite-fille de.

Ainsi donc est le mariage, une série de compromis avec les uns, les autres et soi-même.

Et ça commençait dès le premier jour.

Je vous passe la cérémonie civile, bien plus rigolote et spontanée que la suite, puis le cortège frigorifié et trempé qui court vers l’église, le bas de ma robe qui se noie dans la boue et les graviers, les nausées qui reprennent et la hâte que les bondieuseries s’achèvent.

Et elles étaient sur le point de le faire, lorsqu’au moment précis où le maître de cérémonie lève la main sur nos deux têtes et procède à la fameuse bénédiction nuptiale, le clou du spectacle a fait son petit effet.

Alors que le temps de novembre tenait ses promesses en nous arrosant de sa pluie fine, mais régulière et glacée, poussée par un vent du Nord pressé de nous apporter l’hiver, et que le ciel semblait peu enclin à négocier, un rayon de soleil a déjoué l’attention de l’atmosphère et a filtré le vitrail, venant auréoler le couple désormais divinement légitime que nous venions de former.

L’image a saisi l’assemblée, qui s’est bien sûr soulevée d’un « Ohhhhh! » à l’unisson, suivi d’un nombre incalculable de signatures poitrinaires, avant de fondre dans des applaudissements nourris.

Le Conjugué et moi étions persuadés que nous étions les responsables de cette ovation, jeunes, beaux et fiers comme si on avait un bar-tabac.

Que nenni.

Ce jour-là, c’est Dieu et son intervention météorologique qu’on avait applaudis.

Et nous, on s’est dit « Ok, lui aussi est d’accord alors c’est bon. »