J’étais aux portes de mes 6 ans lorsque le drame est survenu.
Nous venions d’aménager dans ce nouvel appartement de fonction.
Je venais de faire la connaissance de ma nouvelle école, avec de nouvelles têtes de pioches dedans.
Maman venait tout juste de repérer les commerces et services des lieux.
Un matin, elle m’amène au bureau de tabac-presse-papeterie.
Une vaste boutique en désordre organisé, vieillotte, de bord de mer, tenue par des bretons revêches.
Lui, tout du vieux marin.
Casquette de capitaine de chalutier, barbe blanche, pipe en coin. Bourru, mais courtois.
Elle, tout de la Thénardier. Cheveux gras et gris, menton en galoche, lunettes demi-lune. Sèche et peu courtoise.
Maman entre, prend le Télé 7 Jours, se dirige vers le comptoir et fait la queue.
C’est que la patronne ne la connaît pas.
Alors elle prend son temps à papoter avec une locale.
Maman ne bronche pas. Elle sait qu’il va falloir du temps pour se faire servir.
Alors elle relâche son attention maternelle et me laisse errer dans ce capharnaüm.
Je fais un petit tour par la papeterie, hèle discrètement maman. Je voudrais bien une pochette de feutres, une gomme qui efface le stylo bille, un crayon gris et un cahier de dessins.
« Trop cher ici, on ira au Mammouth demain », me chuchote-t-elle.
Alors je tourne.
Et je me laisse facilement aimanter par les étagères à bombecks.
Je lorgne ces petits tubes de réglisses fourrés de toutes les couleurs.
Mes préférés.
Je renouvelle mes signaux d’appel auprès de maman qui soupire.
Je comprends que ce n’est pas après moi.
Elle est énervée quand elle soupire comme ça.
Alors je sais que c’est mort pour qu’elle m’achète ne serait-ce que pour 1 Franc de ces saloperies.
Alors je me dis que maman serait vengée d’avoir trop attendu lorsque j’aurais glissé dans la poche arrière de mon pantalon de velours cette poignée de bonbecks.
Et que ça ferait les pieds à la sorcière derrière sa caisse qui prend un malin plaisir à faire attendre ma mère, cette étrangère.
Je commets mon forfait sans panique, mue par la bravoure de mon acte.
Je rejoins maman.
Notre tour vient.
Maman pose sèchement le magasine sur le comptoir et demande des cigarettes pour papa sur le même ordre.
« Un Peter Stuyvesant Bleu.
-Tu as des bonbons dans ta poche.
-Je vous demande pardon?
-TU AS DES BONBONS DANS TA POCHE. »
Maman comprend, se tourne vers moi.
Je ne la regarde pas.
J’enfonce mes prunelles dans les orbites furibondes et satisfaites de mon bourreau.
Je rends mon dû.
Maman se confond en excuses, et prend congé.
Derrière nous, un troupeau de badauds par l’odeur du scandale et du potin à venir alléché.
L’avoinée qui a suivi dans la voiture restera dans l’habitacle, entre ma mère et moi.
A jamais.
Le lendemain, il a neigé.






















Dur le flag’. Dur de s’intégrer ensuite, faut ramer….
J’ai aimé cette histoire amorale, dans un contexte certain de mauvaise fois de la commerçante qui fait attendre exprès. La vieille bique, des souvenirs me reviennent, entre le familistère et les boutiques sombres qui sentaient la pisse et le moisi…
Mais c’est tout à fait ça, l’ambiance que tu décris!
Ah mince cette vieille bique t’a vue ! Dommage, elle méritait de se faire voler cette grande counnasse !
Je suis contente que tu participes cette semaine hiiiiiiiiiiiiiiiii !!!
POUET de joie
POUEEEET BACK BABY
C’est vraiment une jolie histoire. Et une belle chute. J’adore. Et j’en tire une conclusion : si les parents achetaient plus de bonbons, la vie serait plus bo.
Une belle chute de neige aussi.
(non mais si, c’est vrai)
Mince, c’est tarte de se faire prendre….
J’espère que personne ne t’en a voulu
Maman, un peu ouais
Pauvre petite Mélina qui n’a pas vengé sa maman, qui n’a pas mangé ses réglisses, qui n’a pas fait la nique à la sorcière. Au delà de la tentative de vol, c’est la réputation de la famille que tu as fait vaciller, je peux comprendre que ta mère t’ais atomisé !
(ouais assez ouais
)
Mais j’aimerais bien me faire consoler par Cathy là bOUHHHHH
Allez viens, on va bouffer des réglisses sur la tombe de la vieille chouette
Déconne pas, maintenant, là, à minuit et demie, j’ai juste envie d’en bouffer des CAISSES
Aïe!
C’est dur de se faire prendre en flag!
Curieusement, ça m’a pas marqué.
En revanche, le tir de ma mère, ça, je m’en rappelle comme si c’était hier!
C’est vraiment terrible de se faire prendre la première fois. Les bonbons accessibles aux petites mains à l’endroit justement où les mamans attendent en s’impatientant sont un piège redoutable. Et en plus, le lendemain il neige !
La vie est trop féroce…
La vie est une dure lutte.