Hier soir, il faisait doux.
Je n’en ai pris conscience qu’en fin de journée, alors qu’on était tous déjà à table, louchant sur les nouilles du Conjugué (ici, on notera l’importance du pluriel pour ne pas se méprendre et attirer dans les filets des lecteurs peu sensibles aux talents culinaires de mon légitime), j’ai dû ouvrir la porte-fenêtre du salon pour chanter façon Callas l’appel au Benjamin.
J’ai été happée au-dehors par cette tiède atmosphère, où l’herbe fraîchement tondue de la pelouse du voisin du dessous tentait de rivaliser avec l’arôme subtil mais capiteux des coronilles, en avance sur leurs grandes sœurs les genêts, la sauce tomate mijotée de la marmite de la voisine d’en bas et l’écobuage des fossés de la plaine au loin.
Captivée par l’ambiance sonore, entre les chiens qui aboient mollement, les enfants qui rient parce qu’ils ont encore le droit de jouer dehors, ceux qui pleurent parce que c’est l’heure du coucher, le moteur de quelque tracteur et déjà, les fourchettes qui tintent dans les assiettes pendant que les présentateurs des journaux télévisés entament leur grand-messe.
Alors j’ai traîné sur la terrasse, pieds-nus, quelques secondes de plus, pour enregistrer, capter et ranger bien à l’abri dans ma mémoire ce moment, entre les plus beaux souvenirs et la liste des courses.
J’allais rentrer, quand j’ai entendu un crissement du côté de l’arbuste géant au pied duquel on a rangé la remorque de la tondeuse.










