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Le samedi, c’est nostalgie: dis maman, c’est quoi la révolution?

Publié le 15 janvier 2011 par dans Le samedi nostalgie

Une semaine en chasse une autre dans cette course contre le temps dont on se sait dès le départ perdant.

Et pendant qu’on tape des sprints ou une course de fond à petites foulées, en s’arrêtant de temps en temps pour reprendre le souffle perdu ou égaré sur tel ou tel chemin de nos vies, juste devant nous se jouent des drames.

On se suicide parce qu’on est criblé de dettes.

On meurt peut-être par erreur.

On nage alors qu’on devrait marcher.

C’est le petit florilège macabre que j’ai relevé d’un oeil discret jusqu’à ce matin, de cette semaine assez compliquée du point de vue de ma petite vie, sans aller voir plus loin.

Par paresse, par saturation, par manque de temps ou tout simplement parce que je ne me suis pas sentie directement concernée, moi, comme la plupart d’entre nous tous qui désormais, vivons à la carte, sans passer par le menu du jour, tant on a le loisir aujourd’hui de ne prendre que ce qui nous convient le mieux pour vivre nos vies.

Choix de l’info sur Internet, choix sexuels dans nos lits, choix politiques dans nos urnes, choix de liberté de penser ou de se faire endoctriner, choix des fringues dans la penderie.

On pique, on grappille, on papillonne, on sélectionne, on trie.

C’est tellement facile aujourd’hui qu’on trouve tout juste le temps de prendre un peu de recul et de choisir le moment où on va tout de même se mettre au jus des épisodes qu’on a loupés, histoire de pas vivre le moment de solitude demain, entre la pintade et la galette des rois.

C’est ainsi que ce matin, entre les billets de ceux qui savent et Twitter, je comprends avec amertume le théâtre sanglant qui se joue en ce moment en Tunisie.

Des manifs, des morts, le départ de Ben Ali suivi de la proclamation officielle du président du Parlement, Foued Mebazaa, Président par intérim il y a quelques onglets parcourus de ça. Ils vont élire un nouveau Président dans un mois.

La Tunisie s’est ouvert les veines, mais elle a libéré son peuple, par lui-même, crois-je comprendre peu à peu.

Et ça n’aura pas traîné.

Ils ont fait la révolution et ont gagné.

Peu importe les canaux utilisés, Internet, la rue, les cris, les armes, ils se sont levés comme un seul homme et en ont fait fuir un autre qui pensait les tenir dans sa main.

Et pendant ce temps, chez nous, en face, on a passé toute une année à brandir des banderoles, à faire griller des merguez au coin de la rue en écoutant Trust à fond à l’arrière de l’estafette.

Nous aussi, on croule sous les dettes.

Nous aussi, la bouffe, on la trouve trop chère.

Nous aussi, du taf, on en trouve peu ou prou.

Mais nous, on est incapables d’aller jusqu’au bout de nos pensées, de nos envies.

Alors on a fini par rentrer chez nous, à baisser le volume, à ranger les panneaux, on s’est fait chauffer la bonne soupe au gras et le lendemain, on est allés au boulot ou au Pôle Emploi, en enjambant le SDF en bas de chez soi, en pestant contre les retards du RER ou les embouteillages.

Nous, la révolution, on a pas su la faire.

Peut-être parce qu’il n’y a pas eu de morts?

Peut-être parce que la vie n’est pas assez chère?

Peut-être parce que les chiffres du chômage sont encore trop rassurants?

Pourtant, la révolution, on a su la faire, une première fois avec les fourches, la seconde avec les pavés.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite?

Sommes-nous les enfants gâtés-pourris de la République?

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