Ce soir, vers 18 heures tapantes environs, nous étions convoqués invités par le proviseur de l’Interné, pour faire un petit point sur les nouveautés du règlement intérieur de l’internat du lycée.
J’avais hâte de savoir si les petits soucis de taille rencontrés l’an dernier seraient réglés, et si cette année encore, le taux de réussite au bac des élèves internes de ce lycée serait d’au moins 98%. Aucune commune mesure avec le fameux internat d’excellence qu’on teste actuellement, mais c’est un chiffre assez rassurant, qui tenterait de prouver que l’encadrement des internes, de la 2nde à la terminale, est sérieux et efficace.
Nous étions environs 300 parents pour les quelques 160 élèves inscrits chaque année, par 31 degrés, un vrai bouillon de culture et une ode à la pierre d’Alun.
L’homme d’autorité, à la carrure d’un rugbyman et le charisme d’un légionnaire, ne s’est pas laissé conter quoi que ce soit par l’assemblée, en énumérant les travaux de réfection effectués durant l’été, le renforcement des effectifs d’AED pour les dortoirs et les études d’internat, le durcissement du règlement intérieur, la question des objets de valeur, de l’alcool et de la drogue dans les chambrées.
Après avoir clairement mis les parents au parfum qu’aucune récidive ne serait tolérée en cas d’infraction, indiquant qu’un élève majeur aux yeux de la loi ne l’était pas pour lui et que quoi que l’enfant désire, il faudrait un mot signé des parents, du budget tout maigre alloué à ses personnels et autres charges afférentes à la gestion d’un lycée de 1800 élèves, il a lâché la phrase magique.
« Des questions? »
Et là, l’Interné, le Conjugué et moi, nous nous sommes étalés sur nos chaises et avons assisté au pestacle.
En 20 minutes, une déferlante de questions hurlées, de vagissements, de récriminations, et de frisement de menaces a transformé la salle de réunion en foule de chalands à l’ouverture du Conforama le 1er jour des soldes.
« MOI, ma fille, vous comprenez, elle se plaint que l’eau des douches, des fois, elle est trop chaude, et des fois elle est glacée. »
« MOI, mon fils, le mercredi après-midi, il est crevé, c’est pas normal qu’il puisse pas aller à l’internat pour faire la sieste. »
« Et pourquoi l’internat il ouvre pas le dimanche soir? »
« Et combien de profs feront grève cette année? »
« Et si y a la neige, vous assurez l’internat? »
« Et pourquoi y a pas des activités réservées aux internes le mercredi après-midi ou pendant leurs heures d’études ou le soir avant d’aller au lit? »
« C’est inadmissible qu’il n’y ait pas Internet dans les chambres et que les enfants n’aient pas d’ordinateur, comme dans les autres lycées. »
« Et pourquoi l’étude du soir est obligatoire? »
« MON fils n’aime pas manger à la cantine, s’il va manger au McDo à la place, vous remboursez les repas de la cantine? »
Il n’a pas reculé ni bronché d’un pouce. Il a écouté toutes les questions. Derrière lui, on voyait bien que ses adjoints se mordaient les lèvres pour ne pas soit hurler de rire, soit ramener les parents sur le droit chemin du monde réel d’aujourd’hui.
Après que certains mômes ont quitté la salle, morts de honte, en rasant les murs et prétextant un coup de fil important (interdit au sein de l’établissement), les esprits se sont calmés.
« J’entends toutes vos doléances, votre enfant vous appartient. Mais chez vous. Chez nous, il est un parmi 160. Et pour un enfant interne, on dégage 6 personnels pour les services de base, à savoir un surveillant d’internat, un veilleur, une infirmière, un AED et un adjoint. multipliez pas 160 enfants qui, pris à part demande un service personnalisé, si vous me trouvez le total pour que votre enfant, placé sous notre responsabilité, réussisse ses études dans les conditions que vous attendez de nous, j’accède à tous vos désirs. »
C’est alors que tout le monde a plus ou moins compris que le Proviseur du lycée souhaitait une belle soirée et une bonne rentrée aux parents.
En partant, j’ai tout de même entendu un agent administratif laisser siffler entre ses dents ce que je ruminais dans ma tête depuis le début:
« Ptain mais ils croient quoi les parents, que c’est le Ritz ici? »









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