Hier soir, il a tout fait tout seul:
- Vidé un des tiroirs de sa commode de ses Legos
- Trié ses fournitures
- Fait son sac, sans oublier son portefeuille encore un peu raide
- Préparé ses habits
- Tenté de lacer ses baskets
- Mis son réveil sur 6 h 45
Ce matin, il s’est levé en silence, calme, zen et souriant et s’est pris en main:
- Il s’est habillé
- Il a brossé ses dents
- Mis un peu de gel dans ses cheveux
- Pris son petit déjeuner
- Attendu qu’on se lève
Hier soir, on l’a regardé faire, tout comme ce matin.
« Tu sais, ça me rappelle quand il commençait à marcher, on était derrière lui, avec nos deux mains en creux pour amortir le choc s’il tombait sur le cul.
-Tu t’en rappelles, toi, de ta rentrée en 6ème?
-Non, vraiment pas et toi?
-Juste l’appel, et ma déception que mon fiancé du CM2 soit pas dans ma classe. Le reste, c’était comme si j’étais toujours allée au collège.
-Je crois que si on s’en rappelle pas, c’est que ça doit pas être si terrible que ça en fait.
-Attends mais il est trop petit, pas assez autonome, le collège, ça doit être l’île de Manhattan pour lui, et les plateaux à la cantine, ils sont trop lourds, il va tout faire tomber et on va le chambrer toute l’année. Et s’il se perd dans les couloirs? Et s’il se fait tabasser, comme ses frères? Et s’il se trompe de bus?
-Et si tu te mouchais, t’as un Golgoth qui pend. »
On l’a accompagné. Le parking du collège était plein comme un oeuf, comme lors d’un mariage. On s’est tous retrouvés dans la cour, parents et enfants mélangés, mais mon Benjamin a préféré s’isoler de ses copains qui l’abordaient, et de nous qui tentions de garder un certaine contenance.
La Principale a fait l’appel, on a été invités à monter dans la classe où pendant une heure, le professeur principal, très pédagogue, a commencé à leur expliquer la vie du collège et comment ils allaient vite apprendre à devenir grands.
Je scrutais l’inquiétude dans le regard bleu de mon enfant, très attentif mais pas inquiet, anticipais ses questions, ses doutes dans ma tête.
Vers 9 heures, lorsqu’on a été priés de bien vouloir vider les lieux, il ne nous a pas vus partir.
Les heures passent et je me demande s’il s’est pas paumé dans les couloirs ou la cours de récré. Peut-être a-t-il oublié son sac. Peut-être est-il en train de pleurer de terreur dans un coin. Peut-être qu’il s’est réfugié dans son monde où le mutisme fait loi. Peut-être qu’il a hurlé parce que la cantine, c’est trop bruyant, que y a trop de bousculade et trop de monde partout.
Peut-être que ses lacets sont défaits.
« Et alors?
-Il sait pas les faire.
-On lui apprendra, les parents, c’est fait pour ça, l’école, c’est pas une maman. »









