Maman a enfin décidé d’amarrer.
On a donc repris ensemble le chemin de sa cuisine d’été.
Elle m’avait fait son sacré pot-au-feu.
« Tu vas pas partir sans cueillir quelques tomates?
-Non. »
Alors on est montées toutes les deux, dans ce grand jardin, celui qui fait pallier entre la maison de mes parents et celle de me grands-parents. Havre de paix, avec son grand arbre planté le jour de ma naissance, ou peu après, ses arbustes fleuris, et le bassin de l’ancien poulailler creusé, repeint en bleu dans lequel tout le monde barbote et se rafraîchit l’été.
Il a connu toutes les générations, il a vu défiler des petits bouts de vie qui font la saga familiale et garde ses secrets que nous aimons partager entre nous. Et d’un côté, une murette en moellons a été montée. Mon grand-père avait probablement dû surestimer la quantité de matériel et a utilisé le surplus pour aligner deux rangées supplémentaires à son pied et de combler l’espace avec de la terre. Une allée de rosiers a longtemps caché la grisaille et cet été, maman a décidé que les pieds de tomates seraient originaux.
J’ai donc récolté quelques fruits et suis repartie chez moi.
« On mange quoi avec le riz et le jambon?
-Je vais faire les tomates de mamie en salade ce soir.
-Miam, j’adooooooooore saucer le jus de la tomate. Mais comment il se fait le jus?
-Je coupe les tomates et pour leur faire rendre le jus, je les sale avant de mettre l’huile et le vinaigre. On appelle ça faire dégorger.
-Super. »
Et me voilà amenant la salade sur la table, à mes basques le Benjamin et son quignon de pain, attablée, le reste de la tribu au masculin, n’attendant rien d’autre que de débarrasser le chantier mais surtout pas la table.
« J’ai un raid ce soir, on peut activer?
-Et moi je dois XP mon perso
-Je suis crevé.
-Maman, sers-moi de la salade. »
Je m’exécute et attends patiemment que le Conjugué et ses deux aînés aient achevé leur rituel du saucisson pour leur proposer de répéter l’opération trois fois de plus, afin que tout le monde n’ait plus son mot à dire.
« Je peux en ravoir?
-Si t’en reveux, y en rena, mais attends que tes frères et ton père soient servis.
-Ok, vous en voudrez?
-Oui.
-Ok, alors SERVEZ-VOUS MAINTENANT. »
4 tomates du jardin, une belle pincée de sel, une coulée d’huile d’olive, une giclée de vinaigre de vin.
C’est tout ce qu’il fallait pour rendre un enfant dingue.









