Maman avait mis une petite pancarte à l’entrée de sa maison « Mer belle, peu de vent, du crabe plein les filets, reviens bientôt. »
Alors j’ai décidé qu’on irait un peu s’enfoncer dans les terres cathares, avec une partie de la tribu, Elle ayant remplacé pour un temps le Sandwich, expatrié dans la Montagne Noire, retenu de gré en otage par les parents du Conjugué.
C’est donc vers Le temps des courges que j’ai eu envie de faire mon premier choix. Manque de bol, fermé le mardi. Dommage, jeudi, il fait dîner-concert avec Ma valise, ce sera pour l’an prochain.
Direction la promenade et L’affenage.
Cadre super sympa, familial puisque nous ne sommes pas la seule tribu à avoir envahi le dessous des parasols.
Il fait très beau, encore très chaud après une semaine passée à songer à fêter la Toussaint, tout est calme, seuls quelques cris d’enfants et discussions des parents troublent l’ambiance.
Nous sommes accueillis sans chichis, mais avec la juste courtoisie, celle qui n’en fait pas trop pour les touristes.
On prend nos commandes et nous sert l’apéro.

Non mais t'as vu les couleurs?
On aura reconnu le perroquet, la limonade, l’orangeade qui pique, le cola et… La carthagène, sorte de vin de messe qui a bien fait un jour de sortir de la sacristie.
Mais les olives, ça creuse.

Le choix du Benjamin
« Et je peux avoir des merguez aussi? »

Le choix d'Elle
« Carrus, c’est le nom de la ferme qui fabrique les fromages de chèvre et entre autres, la glace au lait de brebis que tu mangerais le pot. »

Du magret et des figues, grosse découverte
« Tu te poses pas de question, tu coupes des morceaux, tu les montes en millefeuille sur la fourchette et t’avales. »
Bon puis on a tellement avalé nos salade de gésiers confits, le Conjugué et moi qu’on a pas boudé notre plaisir à déguster un excellent Borde-Rouge rosé. (même si une gorgée de rosé suffit à me coller une migraine intercontinentale)

Plus c'est frais, plus ça tape. Et c'était très frais.
Et enfin sont arrivées les choses sérieuses, à chaque nouveau plat un nouveau personnel, tout aussi agréable, courtois et commerçant que le précédent.

Les légumes étaient à tomber. Ils le sont. Dans mon gosier.
« La patate, elle est soufflée, pas sautée.
-Tu vas voir comment je vais te souffler toi, ce soir. »

Une première pour Elle, une réussite.
Le Conjugué, dans sa virilité et après un verre de rosé avait déjà englouti son magret flambé à la carthagène. « M’en fous de ta photo, tu leur diras sur ton blog que c’était bon et que je ferai sûrement un bon caca. »

Ne paye pas de mine, en même temps, une figue ouverte, c'est pas non plus un modèle d'esthétisme
Les enfants ont pris des glaces, le Conjugué une crème catalane occitane et Elle une tarte au citron tellement citron qu’on en aurait changé de sexe avec délice.
On a discuté, tout le monde s’est enfin lâché, il a fait bon toute la soirée, nos pulls sont restés sagement sur les dossiers des chaises, les enfants d’à côté se sont endormis dans leurs poussettes ou les bras de leurs papas, le personnel est venu discrètement prendre des nouvelles, tailler la bavette et déposer l’addition, la carte bancaire du Conjugé, gondolée comme si elle était passée dans un fer à gaufrer a joué son rôle à merveille, tout le monde est parti bras dessus, bras dessous, pendant que le Benjamin prenait des photos.
Une soirée délicieuse, simple, de celles où tu ne te poses même pas la question toujours gênante ou la conclusion « Bah on a bouffé pour notre argent. » Tout a été parfait, ça va pas plus loin.
Si vous passez par le côté cathare de l’Aude, faites une halte par Lagrasse, son abbaye, ses halles, son coeur de village, sa promenade, et surtout L’affenage.
32 La Promenade
11220 Lagrasse
04 68 43 16 59









