C’est le dernier jour d’école, il fait beau et chaud et l’an prochain, on va tous passer le BEPC. C’est le moment d’en profiter.
On est 15 de cette classe de 4ème que je n’oublierai probablement jamais.
Les filles n’ont pas un gramme de cellulite, les garçons déjà le mollet velu et le torse bombé, le soleil et les 100 francs du ticket d’entrée ne nous font pas peur.
On allait passer une journée à Aqualand, à Saint-Cyprien Plage, qui s’appelait en ce temps-là Aquacity, et qui venait d’ouvrir ses portes.
10 h: on sort des vestiaires, avec nos maillots et nos serviettes.
10 h 05: on monte l’escalier de l’Anaconda, avec nos tapis bleus. Devant moi, ma meilleure amie du moment, gaie.
10 h 07, je m’élance derrière elle, les pieds devant, autant rassurée qu’une dinde qui voit arriver la lame du couteau.
10 h08, j’atterris dans le bassin, soulagée.
10 h 09: « Elle est où Marie-Andrée? Elle était juste avant moi? »
10 h 20: le SAMU vient la chercher, traumatisme crânien, sa tête a tapé le bord du tobogan, elle est tombée dans les pommes dans l’eau.
On a tout de même passé une belle journée, entre la piscine à vague, l’Anaconda, le Crazy Race et le stand des glaces.
La crème solaire et les casquettes, sans parler de l’hydratation, on s’en foutait.
Ce n’est que vers 19h, quand je me suis assise à l’arrière de la voiture de ma mère, que j’ai compris, à son regard ébahi dans le rétroviseur, que la soirée allait être chaude. Très chaude.
« Mais qu’est-ce que t’as fichu?
-Quoi?
-T’es écarlate ma fille, mais t’es folle, tu pouvais pas te mettre à l’ombre?
-Y a pas d’ombre au bord de la piscine maman.
-En rentrant, Biafine, Doliprane et demain, tu sors pas. »
Heureusement, j’étais tellement fiévreuse ce soir-là, que lorsque je lui ai confessé qu’on m’avait volé mon maillot tout neuf, elle m’a déposé un baiser sur le front et a remis le drap sur mes épaules.
« Ah ça, il s’en passera du temps avant que tu retournes dans ce parc à la noix pour touristes! »
17 ans plus tard, j’estime qu’il est grand temps d’y retourner.
8 h: il fait beau et chaud, le Conjugué prend le volant. Le Benjamin et le Sandwich sont à l’arrière, excités comme des puces.
10 h: on arrive chez la Noisette, qui a gentiment accepté de partager cette journée avec nous, avec son zoologue en herbe.
10 h 35: je ne reconnais pas ce trajet que j’ai pourtant parcouru pendant plus de 10 ans, entre le collège et la maison.
10 h 37: « 3 adultes et un enfant de moins de 12 ans, ça vous fera 93 euros et 50 cents. »
10 h 40: on se fait happer violemment par un pingouin et un perroquet géants pour « la photo », j’aime moyen la vente suggestive, mais plutôt forcée.
10 h 50: le temps se couvre, le vent se lève, et je commence à regretter tout le trajet et les 93 euros.
11 h 45: le Conjugué crame doucement de la face avant, je cherche déjà mes enfants, Noisette surveille sa progéniture.
12 h: je me cale dans la file d’attente du stand fast-food. Les employés sont pour la non-violence, une caisse sur 3 est ouverte et la file grossit aussi vite que les tobogans et la piscine se vident.
12 h 28: je songe à ajouter 2 euros pour que la caissière me décoche enfin ne serait-ce qu’un sourire forcé et le Conjugué vient m’aider à porter les plateaux. 4 menus burger (sandwich, frites et beignet), 4 boissons gazeuses et 28 minutes d’attentes m’auront au moins délivrée de plus de 30 euros, sans compter les cafés et autres glaces qu’on aura consommés toute la journée.
13 h 40: on tente de faire une petite balade sur d’énormes bouées, au fil du clapotis de l’eau. C’est sans compter une horde d’ados malpolis et n’ayant pour but que de perturber la digestion des aînés ou des plus petits, le tout sous le regard détourné des 4 MNS postés sur la berge le long du parcours, et qui sont visiblement plus attentifs à la sécurité de leur téléphone mobile que les clients du parcs. Je manque de noyer un ado obèse qui cherchait juste à noyer le mien.
14 h: retour à la piscine, après avoir déposé nos affaires dans un des solariums naturels, calmes et ombragés du parc. Nous aurions bien pris un transat ou 2, mais il nous aurait fallu pour ça débourser 3 euros 50. On a finalement opté pour la consigne à 3 euros, valable 3 fois.
18 h 15, nous quittons le parc, en version écrevisse au court-bouillon, fatigués, ruinés, mais heureux.
Fatigués parce que mine de rien, même si les enfants sont grands, on a toujours ce petit pincement au coeur que l’un deux se coince dans un tunnel assez vétuste, sans vraiment la garantie d’une surveillance accrue malgré les apparence, les maillots rouges et les corps plutôt bien dessinés des MNS. Fatigués de faire 20 minutes de queue pour une glace, une grande frite ou un café. Fatigués de tenter de retenir l’envie de distribuer de grosses baignes à des mômes impolis, irrespectueux et grossiers au possible.
Ruinés parce qu’au total, on a dépensé pas loin de 200 euros pour ne pas profiter de l’ensemble du parc, blindé de monde, aux peintures défraîchies, aux installations vétustes bien que très propres, où le moindre geste se paye.
Mais heureux d’avoir vu nos 2 derniers se rabibocher, glisser et rire ensemble, tout le long de la journée. Le Benjamin a vraiment joué son rôle de grand frère protecteur, sans qu’on ait eu une seule fois à le lui demander. Heureux de voir le petit fruit de Noisette se lancer dans l’eau et lâcher un peu la main de sa mère. Heureux d’avoir oublié une journée nos vies pas tellement rigolotes en ce moment.
« Ouais, enfin, on dira ce qu’on voudra, hein, papa, mais Aqualand, c’est quand-même un bel attrape-nibards.
-On dit attrape-nigaud.
-Et dire que y a même pas le wifi.
-Ouais, en plus, ils savent même pas écrire.

Toi aussi, t'as la pupille qui gicle le sang?














Super , ça fait plaisir de découvrir un blog aussi dynamique .A travers cette lecture je me suis retrouvé bien des années en arrière avec tout ce qui reste de bon de cette jeunesse.Profitez en encore longtemps… mais ça passe tellement vite !