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Je viens du Sud, et accessoirement, je t’emmerde putain con.

Publié le 4 mars 2010 par dans Zette & The City

Finalement, le Pôle Emploi, c’est un peu comme Meetic.

Inscription gratuite au départ mais qui coûte rapidement la peau des rouleaux en téléphone surtaxé, timbres et autres déplacement mensuel.

Grand étalage de sa vie dans plein de petites cases dont certaines très privées mais obligatoires, comme le nom et la date de naissance.

Impatience de recevoir le 1er contact, preuve qu’on est la cible d’un potentiel client.

Premiers émois des échanges par mail, avec un langage fade et emprunté au début, quelques smileys en soirées et un méga LULZ en fichier joint.

Puis vient le grand jour du 1er contact téléphonique, dernière étape avant le grand saut final vers la rencontre et plus si affinités.

C’est à cette phase de jeu là que je me suis rendue ce matin dès l’aube, à l’heure où ne soie la campagne.

Le monsieur, DRH d’un site Internet cherchait, comme il a fini par me le confier dans son dernier mail, des « profils comme le vôtre. »

Nous avons échangé nos numéros de téléphone et avons joue un instant à « On s’épile et on se fait une touffe? », « Je vous appelle ou vous m’appelez? », « Fixe, box, portable? ».

Il a fini par se souvenir de certaines convenances et c’est mon téléphone portable qui s’est mis à vrombir.

« Allô?

-Ouiiii, c’est Monsieur Chwouequmeuneu (comme le flou sonore qui remplace le Biiip à la télé), je souhaite parler à Zette & The City.

-Elle même, je suis enchantée!

-Et moi immédiatement charmé par votre accent. Vous venez du Sud?

-Oui.

-J’en étais sûr, ah, Marseille, ses calanques, l’arrière-pays niçois, les petits villages pittoresques…Quelle chance d’habiter au paradis toute l’année! »

La suite de la conversation n’a été faite que de réponses automatiques à ses questions, tant j’ai vite compris qu’à partir de sa réflexion sur mon accent, à ses yeux, je n’étais plus crédible. Ce qu’il ne savait pas, c’est que dans ma tête, c’était tout à fait l’inverse. Et en plus, il a fait du Sud et de ses pauvres gens simples une généralité. J’ai donc agi de même.

Parce que voici ce que la décence, l’éducation et le respect (et surtout mon manque de gueule, qu’on attribue pourtant souvent aux gens du Sud) m’ont empêché de lui répondre:

  • Le parisien, il dit pain au chocolat et nous regarde comme une poule devant un couteau quand nous autres, on prononce chocolatine. (même le correcteur automatique a été traduit par un parisien, il me souligne en rouge la chocolatine.)

C’est comme quiquette, ça dépend où on habite, on comprend pas tout de suite à quoi on fait référence.

(ayé?)

  • Pour le parisien, « le Sud », c’est Marseille. Et oui, au-dessous de la Loire, on est tous figurants dans « Plus belle la vie », sachez-le.
  • Pour le parisien, « le Sud », notre quotidien est frugal: cigales, roulis des vagues, mouettes, sieste et pastaga. Encore un peu et ils croiraient presque que nous nous nourrissons de baies sauvages et mangeons parfois le cochon sauvage rosé, car le barbecue enfume la grotte.
  • Pour le parisien, « le Sud », c’est les vacances. Et forcément, ses habitants passent leurs journée à peigner la girafe en attendant le retour des estivants qui pensent que c’est grâce à eux que nous vivons. Nous vivons surtout quand ils ne sont pas là.

Il n’est pas alors étonnant que nous, « dans le Sud », pensions du parisien qu’il développe un complexe de supériorité.

  • Mais le parisien, nous, on le voit plus comme quelqu’un qui manque d’humilité au point de dire à quelqu’un que son accent le fait rire.

Si vous saviez combien le vôtre nous fait nous taper le cul par terre, mais contrairement à vous, nous avons le respect de ne pas tout mélanger.

Oui, à la base, il s’agissait d’un entretien téléphonique professionnel.

Je n’ai donc pas donné suite à l’offre qu’il m’a faite, que j’ai soudain trouvée moins attractive que sur le papier.

S’il m’embauche parce que mon accent le fait rire, je refuse parce que mon accent le fait rire.

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