Quand on est en vacances, c’est un peu le joyeux bordel dans la maisonnée. En un seul jour, l’organisation domestique perd les pédales et part en torche. De statut monoparental sans enfants, je passe à celui de desperate housewife débordée.
Et surtout, pas envie mais alors du tout de me comporter comme une maman-gâteaux, qui fait sort les draps du lit par la fenêtre le matin, prépare le petit déjeuner en chantant, met la table à midi et sonne la cloche du repas, tartine le pain de Nutella comme dans la pub à 16h et accueille fraiche et dispose le conjugué à 19h avec un pastis frais.
Queue d’ale ouais!
Je signale que ce sont EUX qui sont en vacances. Pas moi. Déjà, on se détend le gilet.
Ensuite, ils sont grands, autonomes et n’aiment que les nouilles. Moi, j’ai passé l’âge de ces conneries.
Enfin, normalement, le midi, et surtout le mardi, c’est MOI l’enfant qui va manger chez maman.
Alors c’est pas aujourd’hui que j’allais déroger à la règle.
12h: « Maman, j’ai faim.
- Simple, il reste des nouilles d’hier soir, tu prends tes mains, tu leur dis de prendre une assiette, tu lui dis qu’elle va passer au micro-ondes et tu lui dis qu’il te les rende chaudes. Ensuite, tu manges.
- Tu vas chez mamie?
- Oui, mais je préviens, y a poisson assuré.
- Tant pis, je viens.
- Où tu vas?
- Chez mamie. Mais y a poisson.
- On a qu’à lui porter nos nouilles et du jambon.
- Vous faites comme vous voulez, moi, je pars dans 12 secondes.
- On arrive. »
Opération chouchoutage avortée.
C’est donc escortée des 2 tiers de ma meute de loups que j’arrive chez maman. L’interné était ravi d’achever les nouilles d’hier tout seul.
Le poissonnier n’était pas venu, ce qui faisait l’objet de toutes les conversations sur la place du village.
« Ptain génial, pas de poisson, pas de chouchoutage, ça démarre bien. »
Pourtant, alors que je pénétrais l’antre maternelle, un délicat fumet de port de pêche s’empare de mes naseaux et mate immédiatement ma sinusite.
« J’ai pensé que les petits seraient là… »
Forcément, elle est maman, mais aussi mamie et forcément, elle sait quand les petits de ses petites sont en vacances alors forcément, le frigo se remplit de tout ce qu’ils aiment.
Des bâtonnets de poisson pané de 1er choix, en l’absence de la visite du poissonnier, revenus à tout petit feu dans une poêle nappée de beurre et d’huile, des nouilles à cuisson rapide, salées, poivrées et crémées, des aiguillettes de canard grillées sans rien. Ils n’ont même pas pensé à aller à la pêche aux trésors dans le congélateur, rempli de leurs glaces préférées, ils ont pris une pomme.
Oui, un enfant mange des fruits. Chez mamie.
« Mamie, t’es nouilles c’est les meilleures. »
« Je peux reprendre du magret sans le gras mamie? »
« C’est quoi la recette des poissons panés? »
« J’aime le poisson maintenant. »
Vous l’aurez compris, dans cette situation, je n’avais pas voie au chapitre, j’étais oubliée, laissée pour compte, en bout de table.
En gros, en ce jour béni du mardi dédié à la poissonnerie, je sentais le crabe.










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