J’aime les dimanches en famille, même si je déteste les dimanches, tous, sans exception, y compris celui du lendemain de mon mariage avec le conjugué.
Tiens, toujours là où on l’attend pas lui.
Parce que là, c’est lui la star du blog.
Depuis hier et jusqu’à ce soir minuit, soit tout bientôt. Je le laisse savourer son petit lundi de gloire.
C’est qu’hier, lui, notre descendance, son ascendance et une partie de sa fratrie fêtions joyeusement la canicule, sur la terrasse d’un des restaurants les plus beaux, paumés, bons et agréables du monde d’à côté de chez nous.
Soleil, petit vent sous les bras, platanes muriers, pigeons sur les toits et festival des papilles dans les bouches.
Et comme le poisson est banni à la maison pour cause d’arêtes et odeur je cite » à gerber contre les rideaux », je n’ai l’autorisation de m’en baffrer qu’à l’extérieur, soit chez ma mère, avec obligation de me laver les dents au savon de Marseille avant de pénétrer à nouveau MA maison, soit au restaurant, et comme j’ai autant le temps que les moyens d’y aller, autant dire qu’entre tout, c’est pas de mon fait si les pêcheurs sont en crise.
Pour le coup, hier, je me suis fait plaisir avec la carte.
En entrée, une salade de Saint-Jacques avec le corail et tout un tas de trucs autour très bons, que mon appétit d’ogre a oublié de me rappeler ce que c’était.
En plat, la fricassée de cuisses de grenouilles élevées soit aux stéroïdes, soit à la gym intensive, soit au foie gras, avec des frites. Plein. Partout.
Au dessert, une tarte au chocolat que j’ai vue naître sous les blanches mains de l’hôtesse des lieux et dont j’ai bien vu qu’elle vouait une adoration sans bornes au beurre baratté du lait de la vache du cru.
Le reste, entre le Martini-Rosso-l’alcool-des-pétasses, le bon rosé et le café quasiment solide, c’était la routine, largement de quoi sortir de table et décocher le rot le plus jouissif de l’été, que j’en aurais presque réveillé ma nièce.
S’en sont suivies tout un tas de familleries du Sud de la France, pétanque, barbotage dans la rivière et grosses embrassades avant de se séparer.
En rentrant dans la voiture, et une fois celle-ci démarrée, avec la clim à fond qu’Olivier de Carglass, il s’en serait fait une intraveineuse de sa résine spéciale, je fais ma sortie habituelle, la conclusion du dimanche. Mais le vin aidant, j’avais l’humeur peu conventionnelle. Je m’approche du pilote et lui susurre des mots doux dans l’oreille droite, lui proposant une 3ème partie de soirée avec des images pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Sans me regarder, puisque nous étions déjà sur 4 roues, il répond:
« Tu sais ce qui me plairait vraiment? C’est que me couches tout ça sur le papier, ou alors par mail ou sms.
-Oh le petit gourgandin, mais c’est qu’il aurait des fantasmes épistolaires?
-Non, mais tu refoules tellement l’ail que je te jetterais carrément par la fenêtre pour légitime défense. »
Et à ce moment précis, je me suis dit que l’alcool, finalement, c’était pas si mal, j’ai presque bien pris sa bâche.
La soirée se passe tout de même avec une distance de sécurité entre mes rejets de CO2 et sa face, et je vais me coucher avant lui, fermant porte et fenêtre de la chambre, après m’être soigneusement curé le ratelier, la langue, les joues, et carrément avalé un tiers du tube de dentifrice.
Nauséeuse mais mentholée, donc fraîche et dispose, j’attends patiemment mon promis, avec le programme de la soirée dans la tête, la région ovarienne au taquet.
Et le réveil sonne.
Et le lit vide.
Surprise qu’il se soit levé plus tôt que le journaliste de la radio, mais dubitative quant au silence de cathédrâle qui régnait du côté de la cuisine ou de la salle de bains, nous nous levons, ma langue persillée et moi, lourdement.
Et je trouve échoué comme une baleine, le conjugué sur le canapé, relié à l’oreiller par un cordon de bave séchée.
« Je t’ai un peu attendu hier, oh pas beaucoup hein, 8 petites heures. Tu sais que ce soir, tu pourras te la rouler et de la mettre derrière l’oreille hein? »
-Attends mais quand je suis rentré dans la chambre hier, je me suis cru dans ta bouche. Même quand tu respirais, j’avais peur. J’ai lutté par amour, 3 minutes, et j’ai foutu le camp sur le canapé.
-Excuse en bois, TU feras le café. »
(ndlr, il m’a tout de même embrassée ce soir. Goulument. L’enfoiré avait bouffé de l’oignon à midi.)


