Je ne sais plus qui m’a sorti l’autre jour genre » Tain, en ce moment, dans ma vie, ça va trop bien, c’est pas possible, ça peut pas durer, il va m’en tomber une sur le coin de la gueule tu vas voir ça », ce à quoi mon éternel optimisme et moi lui avions répondu « M’enfin, t’es con ou t’as des vers, pourquoi tu dis ça, puisque ça va, profite, y a pas de raison, le soleil brille, les cigales sont passibles de tapage diurne, t’es en congés, tu as visiblement passé une nuit torride quand on voit tes cernes et ton petit sourire béat, alors carpe diem mon ami, carpe diem, bordel! »
Pourquoi c’est plus facile de trouver les solutions aux soucis existentiels des autres qu’aux siens?
(C’était la minute nécessaire de Monsieur Wikio, merci.)
HEIN? POURQUOI MOUNDIR?
Mettons-nous en situation.
8h34, même pas à la bourre, je me lève. Les cigales sont déjà debout, elles m’ont pas porté le café, mais je m’en tape, le conjugué a repris le boulot et est en train de me touiller le mien. De café. Il va faire chaud ce vendredi. Il m’embrasse tendrement et me jette vite fait bien fait 2 ou 3 alexandrins d’amour avant d’aller se plonger dans le monde impitoyable de la grande distribution.
8h48, on est jamais mieux servi que par moi-même, je suis dans le cellier déjà étouffant, à touiller ma tournée de café et à regarder le papier de la cigarette ibère se consumer de lui-même. Oui, l’ibère est chaud bouillant, il brûle pas, il est caliente.
8h52, je mets en route mon outil de travail.
8h54, 2 minutes pour ouvrir une page Web, y en a pour qui les réveils sont moins bien vécus que d’autres.
10h15, le café est brûlant, mais la Nespresso n’a pas encore eu raison du conjugué qui refuse catégoriquement son entrée dans la famille.
11h32, je dois gérer une urgence perso, et donc laisser là le travail, dont la productivité est de toute façon quasiment égale à la somme des phrases correctement construites par l’ensemble des habitants de la maison des secrets.
12h44, il fait encore plus chaud dans le village que dans les hauts-fourneaux de Liverpool.
13h25, une pizza réchauffée, c’est bien. Mais passée au micro-ondes, c’est mieux.
14h22, je me demande quand cette chagasse de Sharon va dire à son infidèle mais beau-gosse de mari qu’elle sait qu’il joue la bête à 2 dos avec Phillys. Visiblement, ce sera pour lundi, comme de bien entendu.
15h30, le monsieur du téléphone, sous-traité par Orange, m’appelle pour me dire qu’il va venir à la maison, mais qu’a priori, rien d’anormal au fait que je sois encore plus en dessous du bas débit que si on était en 1992, en bas débit, les yeux en capote de fiacre avec notre abonnement M6 d’une heure par mois.
16h, c’est marrant, mais » je ne vois rien d’anormal sur votre ligne madame, ça doit venir de plus loin », ne me rassure qu’au quart de la moitié de ma propension à garder un optimisme légendaire.
18h, « je suis au DSLAM madame, mais je n’arrive plus à vous connecter, et là, chez Orange, on me répond pas, ils doivent être en week-end, donc faudra patienter jusqu’à au moins lundi. » Je lui aurais bien répondu que je préférais le disco, mais je n’étais pas plus d’humeur badine que le Préfet qui s’est fait refouler à l’aéroport.
18h01, je réalise que lundi, c’est pas tout de suite, et que le week-end me paraît soudain aussi long sinon plus qu’un mois entier sans café. Olé. Car oui, l’ibère est caustique.
18h12, je m’endors malgré la partouze de mouches sur ma jambe droite.
19h16, le conjugué erre comme une âme en peine dans le salon » franchement, chez Orange, ils abusent. Je dis pas ça parce que je peux pas faire une instance dans WOW hein, mais c’est surtout pour ton boulot quoi. »
20h45, je me décide à aller demander de l’aide au Wi-fi des voisins. On imagine pas la solidarité comment c’est finalement une des dernières choses qu’on trouve encore à la campagne et pas en ville. J’avais un boulevard de box en réseau non sécurisé autour de mon ordi, offertes comme Madonna en concert en Pologne.
22h38, je récupère la clé WEP du voisin, plus généreux en barre que les autres et je remonte à la maison, prête à bosser toute la nuit.
22h39, je félicite le constructeur de ma maison, les murs sont aussi épais que celui de Berlin enroulé sur lui-même. Mais je me souviens également ne pas lui avoir mentionné que le 13 août 2009, je serais en panne d’Internet et qu’afin d’éviter tout désagrément, il voudra bien avoir l’obligeance de ne pas tripler les cloisons, merci.
23h57, enfin, j’arrive à capter un peu du réseau du voisin. Dehors. Sur la terrasse. En équilibre sur l’extrême bord avant droit de la table. Le fil électrique tendu comme le string d’une jeune étudiante au Spring Break.
00h00, tiens, le voisin de dessus fait la fête. Apparemment, pas celle de l’assomption, il a foutu Status Quo à fond.
00h02, méchante trace de doigt sur son cd, j’entends le refrain en mode remix. « Iou rindi arminaou, ooooo-hhhhh-ooooh-hhhh iouuuuu-ouuuuuu. Mais apparemment, ça les fait hurler de rire.
00h15, je constate que mon ADN ne doit pas être très éloigné de celui de l’insecte nocturne, en effet, j’en ai à peu près autant qui sont agglutinés sur mon écran, ma gueule, mes jambes et mes bras que si j’avais fait un aller-retour Paris-Lille à moto sans visière de casque.
00h32, le voisin doit checker ses mails, mais la voisine prend le relais, va au lit et me cède sa connexion. La vie, finalement, c’est pas rien qu’une pupute.
00h45, je me demande si en allumant l’halogène qui prend la poussière dans un coin du salon dehors sur la terrasse, je ferais pas une super friture de papillons de lumière nuit pour l’apéro demain soir.
Tiens, le voisin du dessous fait la fête, c’est les slows.







